lundi, avril 20, 2009

All these vicious dogs

All the Real Girls - David Gordon Green, 2005


En attendant d'en dire plus prochainement concernant le second film de David Gordon Green (George Washington, Undertow, Pineapple Express), je ne peux résister à vous faire partager la très belle chanson de Will Oldham (a.k.a. Bonnie 'Prince' Billy) qui accompagne le générique et la magnifique première scène du film. Et bien sûr vous enjoindre à voir au plus vite ce superbe film (jamais sorti en France et introuvable en DVD Zone 2, mais en fouinant bien sur le net...).

mercredi, avril 15, 2009

Être à peine

Broken Flowers - Jim Jarmusch, 2005


Au commencement une lettre rose, postée. Après un beau générique qui nous fait la suivre d'une boite aux lettres à l'autre, elle arrive dans les mains de Don, quinquagénaire légèrement apathique. Elle lui dévoile qu'une de ses conquêtes a eu il y a presque vingt ans un enfant de lui qui serait parti à sa recherche. Mais, alors qu'il s'agit d'un incipit parfait pour lancer le film, ce mystère est dédaigné par Don qui lui préfère ses habitudes de célibataire endurci, faites d'un canapé, de Dom Juan et du Requiem. C'était sans compter sur Winston (Jeffrey Wright), son voisin, qui décide de s'ériger en tant que puissance scénaristique interventionniste. Il refuse un tel laisser-aller et lui confie, malgré son refus initial, une enquête pour débusquer l'expéditrice de la lettre rose.

C'est que Don (Bill Murray, dans un rôle taillé pour lui) est un personnage transparent, dont le caractère principal est justement cette absence de caractère, qui se laisse guider (et même phagocyter, on le verra plus tard) par la toute puissance du scénario, incarnée par le personnage de Winston (ce dernier fournissant également la bande-son éthio-jazz particulièrement inspirée du film). Il intègre dans ses attitudes le conseil philosophique donné plus tard, à un jeune homme : « Le passé est révolu, l'avenir n'est pas encore là, d'ailleurs je n'ai aucune influence sur lui, alors j'imagine que tout ce qui compte est juste là, le présent.» Et en effet, Don, comme le dirait André Breton, "est à peine, cet homme vivant qui tente ce rétablissement au trapèze traître du temps", ne touchant jamais à cette profondeur que lui donnerait une réflexion sur son passé ou sur son futur. Il n'apparaît même jamais dans les différentes séquences où il est censé entrer en contact avec ses cinq anciennes conquêtes. Ce sont elles qui font le jeu, acceptant sa présence, décidant d'aller plus loin, montrant du regret ou de la rancoeur. Don, durant la majeure partie du film, n'est qu'une surface plane de réflexion accompagnée d'un bouquet de roses, où s'expriment les années passées et les différences accumulées. Et c'est également en cela que Don Johnston est étranger avec ces femmes, parce qu'il ne les (re)connaît plus.

Ainsi Broken Flowers, en passant, nous offre quelques magnifiques prestations : avant tout Frances Conroy, deuxième ex visitée, qui, en un regard, porte le poids d'une vie entière de désillusions. Mais aussi Sharon Stone (en femme facile et tendre), Jessica Lange (en vétérinaire new age et un peu lesbienne) et Tilda Swinton (en femme de motard, hargneuse et violente). Tout cela fonctionnera en circuit fermé (Don rencontre son ex, la laisse s'exprimer, insère sa question sur la filiation, cherche les indices roses et s'en va) jusqu'au véritable accroc, attendu tant chaque rencontre semble être pire que la précédente. Tout se passe comme si la réticence initiale de Don s'immisçait au fur et à mesure dans le scénario parfait que lui avait concocté l'ami Winston.

Après cela, Don n'a plus qu'à récupérer un dernier bouquet, mélancolique, et à rendre visite à celle qui comptait le plus, la seule qui n'ait pas survécu aux années, la seule aussi qui demeure comme copie conforme à son souvenir. Lors de la plus belle séquence du film, sous la pluie, il murmure quelques mots pour elle et s'adosse à un arbre, pleure quelques larmes. À son retour, il combat une dernière fois la dépression plus proche que prévue, mais ne peut résister à l'énergie cinétique d'un scénario toujours plus fort que lui. Entièrement dévoré, il va s'offrir corps et âme à une quête du fils à laquelle il n'a pourtant jamais cru et à laquelle plus personne ne croit. Une rencontre avec un jeune homme, et nous pensons aboutir à une résolution heureuse, à une paternité enfin offerte à celui qui n'en voulait pas et qui la recherche maintenant plus que tout. Mais aussi inexorablement qu'une voiture qui passe, le(s) fils s'échappe(nt), comme la vie de celui qui n'a plus dorénavant qu'un cimetière en point de mire.

mardi, janvier 06, 2009

A Night at the Gin Fizz

Disco - Fabien Onteniente, 2008


Bon Disco, parce que, après tout, c'est quand même une bonne nouvelle pour le cinéma français. Faut bien le dire, ça fait un moment qu'on avait pas eu droit à une bonne comédie française, en dehors des bizarreries d'Éric et Ramzy et de la classe de Hazanavicius. Le duo que forme Dubosc avec Ontoniente depuis deux films en vient à me faire me demander si ce n'est pas tout bonnement l'émergence du numéro trois de la bonne comédie française qui a lieu sous nos yeux.

En effet, oubliées les tristement célèbres comédies du nabab français (citer les titres suffira à donner la nausée à n'importe qui : Jet Set, 3 zéros ou bien encore La Vérité si je mens, toutes avec l'insupportable José Garcia, fantôme français de Jack Black). Disco, au-delà de son aspect "à la mode" (sortie en plein milieu du revival disco de l'été dernier), raconte une histoire d'une finesse assez rare dans le paysage de la comédie française calibrée pour les deux millions d'entrées pour être signalé. Attention, n'allons toutefois pas crier au génie ici : si cette comédie semble légère comme un moineau face aux Francis Weber et aux Thomas Langmann, elle devient éléphantesque s'il s'agit de la comparer à nos compatriotes américains, les rois du genre.

Enfin, revenons au pitch. Soit Franck Dubosc, plantant Didier "Travolta", quarantenaire au chômage, aussi has been que fan de disco, vivant chez sa mère, dans un quartier du Havre, séparé de sa femme (une Anglaise) et de son fils, qu'il ne voit plus. Grâce à une vieille connaissance du monde de la nuit disco, Jean-François Jackson (Depardieu, enfin utilisé pour plus de deux minutes), il va avoir une chance de gagner un voyage pour deux vers l'Australie, occasion rêvée de revoir son fils pour un trip vers les kangourous. Pour cela, il lui faut gagner le Grand Prix disco et il va s'en employer en reformant les "Bee Kings", groupe qu'il formait avec ses amis à la grande époque. L'un est docker, syndicaliste et meneur de la grève en cours sur le port du Havre ; l'autre vendeur dans un magasin célèbre pour son contrat de confiance (très belle prestation d'Abbès Zahmani, alias "Neuneuil"). Pour se "remettre à niveau" en disco, Dider décide d'aller prendre des cours de danse avec France (Emmanuelle Béart).

Et c'est ainsi que se dessine le début d'une simili love story sur fond de disco et sur arrière arrière fond de problèmes sociaux (une grève, dont le seul véritable enjeu dans l'histoire est la présence d'un groupe de danseurs polonais, et une affaire impliquant des lits d'eau, occasion d'un cameo de Julien Courbet). Simili seulement parce que Didier tombera certes amoureux de la belle, mais n'arrivera jamais à rendre cet amour réciproque. C'est toute la force ici de Dubosc de parvenir à créer ce personnage inédit dans le paysage de la comédie française (mais si célébré aux États-Unis via Will Ferrell) du vieux resté jeune dans sa tête mais totalement déconnecté du monde, vu comme un looser par le reste de la société mais tout à fait humble. Et comme dans n'importe quel Will Ferrell movie (on pense beaucoup à A Night at the Roxbury, modèle tout trouvé de ce Disco), il va s'agir pour Didier de faire la part entre son rêve enfantin et sa vie réelle.

Évidemment, plusieurs défauts sont quand même à soulever. On pense ici surtout à deux choses : le cameo insupportable de Francis Lalanne, se lançant dans un monologue interminable et dans une chanson a capella dont on aurait carrément pu se passer ; et le rôle de François-Xavier Demaison, tout aussi imbuvable dans le rôle cabotinant du "méchant tout pas beau" frère de France.

Mais allez, ne boudons pas trop notre plaisir. Si Disco est encore loin de la perfection, il montre qu'Ontoniente et Dubosc ont trouvé leur voie, et ils cherchent du bon côté. En espérant qu'ils continuent par là, "pour toi public".

mercredi, décembre 31, 2008

Classement 2008

1- Sparrow (Johnnie To)2- Two Lovers (James Gray)
3-
Wall-E (Andrew Stanton, Pixar)
4-
No Country for Old Men (les frères Coen)
5-
La Vie moderne (Raymond Depardon)
6- Forgetting Sarah Marshall (Nick Stoller, Apatow Family)
7-
The Happening (M. Night Shyamalan)
8-
Entre les Murs (Laurent Cantet)
9-
Indiana Jones 4 (Steven Spielberg)
10-
Wanted (Timur Berkmambetov)

Inoubliable, le Sapin de l'année est attribué à
Wall-E.

De l'autre côté, la Dinde de l'année est attribuée conjointement aux deux films de Hong Sang-Soo : Night and Day et Woman on the Beach.

jeudi, octobre 23, 2008

Not in the mood for love, not anymore...

Les Cendres du temps (Dung che sai duk) - Wong Kar-Wai, 1994


Ma désaffection au cinéma de Wong Kar-Wai, ça fait maintenant un long moment que je la sentais venir. Quand je repensais à son cinéma (exception faite du merveilleux 2046, voire de son petit satellite La Main), je ne supportais plus ce spleen constant, cette mélancolie à propos des histoires d'amour qui passent, que l'on rate, que l'on aurait aimé ne pas rater mais qui, quand elles nous reviennent dessus, ne nous empêche pas de les rejeter une fois encore. Tout ça, pour le dire clairement, ça me fatiguait de plus en plus. Déjà, ma première vision d'In the mood for love, peu après l'immense choc esthétique que fut 2046 lors de la première vision, me l'avait fait paraître particulièrement fade. Certes, comme toujours chez Wong Kar-Wai, il s'agissait d'un beau film, superbement cadré, doté d'une bande-son classieuse. Mais déjà, je me sentais extérieur à cette histoire terrible d'amour soi-disant impossible entre Tony Leung et Maggie Cheung.

Dans 2046 et dans La Main au moins, cette même idée (toujours aussi détestable) était relayée par un passage à l'acte physique qui, de fait, pouvait permettre de faire regretter la relation une fois celle-ci passée. Ca n'est pas la fin du monde, mais c'était déjà un peu mieux. Toutefois, plus que cela, ce qui rend ces deux films si indispensables, c'est bien l'apport du meilleur directeur de la photographie, à son sommet. Avec Christopher Doyle faisant des merveilles, WKW devenait le maître du plan dessiné certifié sixties : le maniérisme élevé au rang d'exemple artistique. De fait, et sans Christopher Doyle et les nuits du Hong Kong des années 1960 dans My Blueberry Nights, la désaffection s'en était ressentie, le film ayant fait un bide tout autant critique qu'au niveau des spectateurs.

Et pourtant, j'en reviens maintenant à Ashes of Time, je serais bien incapable de lui reprocher quelque chose de spécial (quelque chose qui lui serait propre par rapport aux autres films de WKW), alors qu'il s'agit sans doute du film le plus fou et le plus libre de WKW. Ce film m'a en fait permis d'appréhender Wong Kar-Wai dans sa totalité. Après avoir vu ces quelques derniers films, il me restait encore quelques espoirs (bien maigres, autant l'avouer) sur le début de sa carrière, sur un cinéma qui aurait été un brin moins fleur bleue et moins porté sur le romantisme désespéré. Et que nenni, je m'aperçois que le cinéaste hongkongais a toujours été comme ça.

Ainsi, et j'en suis un peu triste, Ashes of Time se retrouve obligé de porter le lourd fardeau du premier Wong Kar-Wai détesté objectivement et pour des raisons claires et distinctes. Son aspect trop déconstruit (et ce malgré une refonte du montage pour éclaircir l'histoire dans cette version redux - j'imagine à peine ce que devait être la version originale), l'impression de revoir dix fois la même histoire avec des personnages différents (dont au moins quatre dans celui-ci) et toujours ce spleen qui achève de rendre les personnages pitoyables et, inévitablement, drôles (tout autant que ces multiples plans surexposés et colorés n'importe comment, rappelant le pire de l'esthétique des années 1980) ont achevé de le rendre insupportable à mes yeux. Je pourrais même en rajouter une petite couche pour lui reprocher de n'être qu'un ersatz de "wu xia pian", où les combats de sabre - finalement peu nombreux - se voient remplacés par les interminables passages de questionnements existentiels des différents personnages.

Triste rôle pour ces Cendres du temps qui n'auront jamais aussi bien porté leur nom : elles indiquent qu'il existe sans doute un temps donné pour apprécier Wong Kar-Wai et, qu'une fois ce temps dépassé, il n'en restera rien, pas même un regret.