mercredi, décembre 31, 2008

Classement 2008

1- Sparrow (Johnnie To)2- Two Lovers (James Gray)
3-
Wall-E (Andrew Stanton, Pixar)
4-
No Country for Old Men (les frères Coen)
5-
La Vie moderne (Raymond Depardon)
6- Forgetting Sarah Marshall (Nick Stoller, Apatow Family)
7-
The Happening (M. Night Shyamalan)
8-
Entre les Murs (Laurent Cantet)
9-
Indiana Jones 4 (Steven Spielberg)
10-
Wanted (Timur Berkmambetov)

Inoubliable, le Sapin de l'année est attribué à
Wall-E.

De l'autre côté, la Dinde de l'année est attribuée conjointement aux deux films de Hong Sang-Soo : Night and Day et Woman on the Beach.

jeudi, octobre 23, 2008

Not in the mood for love, not anymore...

Les Cendres du temps (Dung che sai duk) - Wong Kar-Wai, 1994


Ma désaffection au cinéma de Wong Kar-Wai, ça fait maintenant un long moment que je la sentais venir. Quand je repensais à son cinéma (exception faite du merveilleux 2046, voire de son petit satellite La Main), je ne supportais plus ce spleen constant, cette mélancolie à propos des histoires d'amour qui passent, que l'on rate, que l'on aurait aimé ne pas rater mais qui, quand elles nous reviennent dessus, ne nous empêche pas de les rejeter une fois encore. Tout ça, pour le dire clairement, ça me fatiguait de plus en plus. Déjà, ma première vision d'In the mood for love, peu après l'immense choc esthétique que fut 2046 lors de la première vision, me l'avait fait paraître particulièrement fade. Certes, comme toujours chez Wong Kar-Wai, il s'agissait d'un beau film, superbement cadré, doté d'une bande-son classieuse. Mais déjà, je me sentais extérieur à cette histoire terrible d'amour soi-disant impossible entre Tony Leung et Maggie Cheung.

Dans 2046 et dans La Main au moins, cette même idée (toujours aussi détestable) était relayée par un passage à l'acte physique qui, de fait, pouvait permettre de faire regretter la relation une fois celle-ci passée. Ca n'est pas la fin du monde, mais c'était déjà un peu mieux. Toutefois, plus que cela, ce qui rend ces deux films si indispensables, c'est bien l'apport du meilleur directeur de la photographie, à son sommet. Avec Christopher Doyle faisant des merveilles, WKW devenait le maître du plan dessiné certifié sixties : le maniérisme élevé au rang d'exemple artistique. De fait, et sans Christopher Doyle et les nuits du Hong Kong des années 1960 dans My Blueberry Nights, la désaffection s'en était ressentie, le film ayant fait un bide tout autant critique qu'au niveau des spectateurs.

Et pourtant, j'en reviens maintenant à Ashes of Time, je serais bien incapable de lui reprocher quelque chose de spécial (quelque chose qui lui serait propre par rapport aux autres films de WKW), alors qu'il s'agit sans doute du film le plus fou et le plus libre de WKW. Ce film m'a en fait permis d'appréhender Wong Kar-Wai dans sa totalité. Après avoir vu ces quelques derniers films, il me restait encore quelques espoirs (bien maigres, autant l'avouer) sur le début de sa carrière, sur un cinéma qui aurait été un brin moins fleur bleue et moins porté sur le romantisme désespéré. Et que nenni, je m'aperçois que le cinéaste hongkongais a toujours été comme ça.

Ainsi, et j'en suis un peu triste, Ashes of Time se retrouve obligé de porter le lourd fardeau du premier Wong Kar-Wai détesté objectivement et pour des raisons claires et distinctes. Son aspect trop déconstruit (et ce malgré une refonte du montage pour éclaircir l'histoire dans cette version redux - j'imagine à peine ce que devait être la version originale), l'impression de revoir dix fois la même histoire avec des personnages différents (dont au moins quatre dans celui-ci) et toujours ce spleen qui achève de rendre les personnages pitoyables et, inévitablement, drôles (tout autant que ces multiples plans surexposés et colorés n'importe comment, rappelant le pire de l'esthétique des années 1980) ont achevé de le rendre insupportable à mes yeux. Je pourrais même en rajouter une petite couche pour lui reprocher de n'être qu'un ersatz de "wu xia pian", où les combats de sabre - finalement peu nombreux - se voient remplacés par les interminables passages de questionnements existentiels des différents personnages.

Triste rôle pour ces Cendres du temps qui n'auront jamais aussi bien porté leur nom : elles indiquent qu'il existe sans doute un temps donné pour apprécier Wong Kar-Wai et, qu'une fois ce temps dépassé, il n'en restera rien, pas même un regret.

lundi, juillet 28, 2008

Too Late to Quest

Indiana Jones 4 - Steven Spielberg, 2008


Alors que personne ne s'y attendait, près de vingt ans après La Dernière Croisade, Georges Lucas (le scénariste-producteur) décide de convaincre Spielberg de rempiler pour un quatrième volet des aventures du plus célèbres des archéologues aventuriers. Avant le film, on avait de sérieux doutes, à voir ses derniers (depuis à peu près A.I.), sur comment le réalisateur américain allait pouvoir revenir au blockbuster fun et sans prises de tête, après sept ans de films plus "adultes".

La réponse nous sera donnée très rapidement, Spielberg n'ayant jamais été connu pour vouloir jouer au plus vicieux avec son public. Avant même le premier plan du film, Spielberg nous affirme donc que ce film sera placé sous le signe de la légèreté et du vicié. Le logo de la Paramount, qui était au début de chaque Indy fondu avec une montagne, est fondu ici avec une... motte de terre d'où sort une marmotte. Et tout est déjà dit : Spielberg ne peut pas revenir à Indiana Jones avec sérieux, quand il est allé jusqu'à La Guerre des Mondes : il n'y a pas de retour possible.

Alors le pauvre Indiana Jones (the same old Harrisson Ford) se retrouve en pleine Guerre Froide, lui qui n'avait connu que la lutte contre les nazis. Et, comme pour enfoncer le clou, Indy est à la traîne, enfermé dans le coffre d'une voiture du KGB, comme engoncé dans une époque qui n'est plus la sienne. Prisonnier puis poursuivi par les Soviétiques menés de main de maîtresse SM par Cate Blanchett, il se retrouve très rapidement dépassé dans la quête invraisemblable des crânes de cristal, qui le mènera, après moultes aventures, jusqu'à l'Eldorado. Le docteur Jones, qu'on croirait en préretraite, ne fera dans cet épisode qu'arpenter un chemin déjà foulé par un autre scientifique (John Hurt).

En effet, la quête n'est ici qu'un prétexte. C'est pour Spielberg l'occasion de rendre hommage à tout son cinéma pré-2000, l'époque où il était l'emblème du blockbuster joyeux et insouciant, l'époque des précédents Indiana Jones. Le Royaume du Crâne de Cristal n'est pour une grande partie que ça : un jubilé désabusé certes, mais tout à la fois fun et kitsch. En effet, le film n'arrête pas, les péripéties se succèdent comme les cascades pour l'équipée (on passe par une explosion nucléaire, un combat au fleuret en pleine jungle par voitures interposées, l'attaque d'une colonie de fourmis et même, ultime hommage, l'envol final d'une soucoupe extraterrestre). Tout cela fait parfois un peu too much, mais qu'à cela ne tienne, on pense au meilleur produit du "blockbuster fun" récent : Transformers, produit par Spielberg himself et on se dit qu'il s'agit peut-être là d'une remise de flambeau de la part de Steven. Du film de Bay, il récupère également Shia LaBeouf, parfait avatar de James Dean.

Enfin, c'est l'occasion pour Spielberg d'affirmer ce qui l'intéresse plus que tout de nos jours : les retrouvailles et la création d'une relation entre un père et un fils et, comme de plus en plus régulièrement sur nos écrans, le mariage final entre Dr. Jones et Mrs. Ravenwood (Karen Allen, récupérant elle aussi son ancien rôle). Et Spielberg de se faire sage stoïcien, paraphrasant peu ou prou Sénèque, regrettant le temps perdu. Il l'a rarement été mieux.

dimanche, juillet 13, 2008

Sooner or Later

(Le Labyrinthe de Pan)
(Batalla en el cielo)
(25th Hour)
(The Break-up)
(Ghost Dog)

mardi, juin 24, 2008

En rejoignant Jésus

Le Chant des Oiseaux (El Cant dels Ocells) - Albert Serra, 2008


Des personnes âgées dans un désert, trois vieux errant dans des vallées escarpées, un pays "soi-disant plat" se plaint l'un d'entre eux, une couronne sur la tête comme les deux autres. Pendant ce temps, une femme et un homme vivent dans des ruines, ils échangent des banalités, elle en catalan, lui en hébreu. Au fur et à mesure, on comprend : la longue marche tortueuse de ces trois, c'est avec l'apparition de l'ange Gabriel(le), féminisé pour l'occasion, qu'elle prend son sens. Le fils du divin est né, leur rôle sera d'aller jusqu'à Lui, Lui offrir leur présence et des présents. Toutefois, dans la tête du réalisateur Albert Serra, cette recherche de l'étable de Bethléem n'est pas aussi aisée qu'on pouvait le penser en lisant les dix lignes du passage biblique. Comme pour son premier film, Honor de Cavalleria, le catalan s'applique ici à inscrire son film entre les lignes des grands écrits : d'abord entre celles du premier roman moderne, et maintenant entre celles du premier de tous.

Et tout comme Quichotte n'était l'excité de tous les instants que l'on aurait pu penser en lisant Cervantès, les rois mages n'arrivent pas au chevet de Marie facilement. Il s'agira bien plutôt pour eux d'une interminable voyage dans le désert de Galilée. Pourtant, il n'y a jamais de dramatisation d'un événement, tout ce qui se passe dans ce film est anti-spectaculaire au possible. On se contente souvent d'apprécier la merveilleuse beauté des vallées (filmées avec l'un des plus beaux noir et blanc qu'il m'ait été donné de voir), le son d'un oiseau ou du vent, même le silence est majestueux. Le corollaire à cela, c'est l'allongement des plans, comparables souvent à quelque tableau abstrait jouant sur les nuances de gris.

Faire durer au maximum l'espace entre deux noirs, c'est aussi ressentir le temps qui passe, comme pour justifier la dose inévitable d'absurde qui en provient. Les trois rois entament souvent dans un plan-séquence la traversée d'une plaine ou l'ascension d'une colline, et alors qu'on les croyait disparus du plan pour toujours et que l'on croyait voir les dernières secondes d'existence de celui-ci, ils réapparaissent pour traverser cette même colline ou plaine dans un autre sens. Cela est encore plus prégnant lors des phases dialoguées, où se fait même ressentir une certaine dose d'humour. En effet, peu chrétiens, les mages ne s'empêchent jamais de pester contre Gabriel(le) et son étoile du berger, introuvable dans le ciel constamment nuageux, ils pesent également contre la topographie même du désert galiléen. Il n'est même pas rare de les voir se chamailler, une fois à cause d'un endroit trop inconfortable et trop serré pour y dormir sereinement, une autre quand il s'agit de choisir de franchir une montagne ou de ne pas le faire. Impossible de ne pas penser à Beckett ou à Jarry, surtout quand on sait l'amour que porte le réalisateur au théâtre.

Et puis soudain, les mages arrivent au but alors qu'on n'y croyait plus, ils s'agenouillent, s'allongent même, face à Marie qui porte l'Enfant-roi entre ses bras, le plan se fige presque et une musique solennelle, grave, empreinte de grandeur mystique, s'élève, montrant enfin au grand jour les intentions les plus profondes d'Albert Serra : nous faire endurer une longue absurdité triviale pour faire ensuite éclater le spirituel, le sacré, la beauté radicalement noble se cachant dans le monde. Le Catalan dit lui-même qu'il a "l'intuition qu'il y a derrière ces images quelque chose de poétique". On irait plus loin : cette nouvelle forme de rêve, d'émerveillement que l'on retrouve chez Weerasethakul ou Kawase, voilà ce qui impose Serra au panthéon des grands réalisateurs contemporains.