jeudi, mai 01, 2008

Produit Indépendant certifié Conforme

Little Miss Sunshine - Jonathan Dayton et Valerie Faris, 2006


Issu du Festival de Sundance (le festival américain des indépendants), succès public et critique de l'année 2006, deux Oscars et le César du meilleur film étranger, le premier opus du duo de réalisateurs Jonathan Dayton et Valérie Faris, Little Miss Sunshine a surpris tout le monde.
Les critiques ont souvent parlé d'un road movie beau et rafraîchissant, portrait au vitriol d'une certaine Amérique qui ne vit que pour le succès.

Toutefois, ce portrait acide se révèle vite être une baudruche et ce road movie anti-conformiste n'est en fait que le nouvel avatar d'une nouvelle forme de conformisme : le conformisme indépendant, avec critique sociale à deux sous, morale de comptoir et mauvais goût certifié du terroir.

Little Miss Sunshine est le portrait d'une belle famille de beaufs américains d'Albuquerque. Dans cette famille pas comme les autres, faisons les présentations :
- le Papy (Alan Arkin), sniffeur de coke et pervers, qui aime quand même beaucoup sa petite fille et qui l'encourage de toutes ses forces dans son entreprise de victoire.
- le Père (Greg Kinnear), arrogant pour rien et vrai looser tentant de vendre ses "9 points pour être un winner".
- la Mère (Toni Collette), aimant tout le monde même si elle est plutôt perdue dans cette famille.
- le Fils (Paul Dano), qui ne parle plus, qui lit Nietzsche (donc nihiliste et rebelle), cheveux nécessairement teints en noir.
- la Fille (Abigail Breslin) un peu grosse, qui rêve de participer à un concours de Miss America pour gamines.
Arrive dans cette magnifique famille le Frère de la mère (Steve Carell), professeur gay et suicidaire, spécialiste de Proust. "Welcome to Hell" écrivait le fils sur son calepin à ce dernier le premier soir. Il ne croyait pas si bien dire.
Après une longue discussion, ils décident de partir tous ensemble, dans le si célèbre van jaune, à Los Angeles pour encourager la fillette à son concours de "Little Miss Sunshine".

Évidemment, tout se grippe rapidement et les péripéties seront nombreuses avant l'arrivée à Los Angeles. Toutes ces péripéties tombent malheureusement à plat à cause d'un manque évident de prise de risque, ou, plus précisément, d'une prise de risque éminément calculée.
Moment tragique du film, la mort du grand-père par exemple. Pour montrer qu'on est audacieux, on le fait sortir en douce de l'hôpital. Trop fort quand même, ils sont pas indépendants pour rien !, se dit-on. Mais bon, courageux mais pas téméraires, le mort ne sera jamais montré (attendez, c'est un film pour la famille quand même ! on peut pas faire trop trash). Autre moment d'une condescendance abominable : le contrôle par le policier. Peu après la séquence de l'hôpital où le grand-père a été récupéré, le klaxon du van se bloque et oblige donc la famille à se soumettre à un contrôle de police. Bien aidé par l'attitude suspecte du père, le policier décide d'ouvrir le coffre. Suspense, va-t-il découvrir le corps du papy ? Eh bien non ! Quelques revues pornos achetées plus tôt dans le film attirent son attention, il les récupère et s'en va sans demander son reste...
Après cette longue ballade sur les routes d'Amérique, la famille arrive au concours, où l'inscription se fait de justesse (à quelques minutes près). "Oh ça n'est que cinq minutes", dira le brave homme (dont c'est la dernière année à ce concours) qui accepte d'inscrire la petite fille. Finalement, tout le monde s'apercevra de la superficialité du monde des concours de beauté pour enfants (!!!) et le Fils, qui aura repris la parole après avoir appris qu'il était daltonien (pourra pas devenir pilote comme il l'espérait tant le pauv'), peut déclamer la belle morale du film : "Il faut faire ce qu'on aime, le reste, on s'en fout !". Whaou !

mercredi, avril 30, 2008

La Vie me fait peur

Les Noces Funèbres (Corpse Bride) - Tim Burton, 2005


Après un très décevant (pour ne pas être plus méchant) Charlie et la Chocolaterie, pourtant succès public, Tim Burton nous a offert un second film la même année, dans la veine et le style graphique du culte L'étrange Noël de monsieur Jack, pour en faire un joli remake au moment de sa ressortie en 3D.

Reprenant l'intégrale des éléments burtoniens (la musique au piano toujours impeccable de Danny Elfman, les rôles-titres joués par Johnny Depp et Helena Bonham-Carter, l'ambiance gothico-romantique), après cinq minutes de film, il n'y a aucun doute : comme d'ailleurs dans Charlie et la Chocolaterie, on est bien chez Tim Burton.

Comme tout remake, Les Noces Funèbres emprunte beaucoup de thèmes à Mr. Jack, notamment la collusion entre le monde des vivants et le monde des morts. Mais quand, dans Mr. Jack, on part du monde des morts, dans ces Noces Funèbres on part du monde des vivants.
Il y a d'autres fortes similitudes : le monde des morts est, dans les deux films, un monde joyeux, fêtard et enthousiaste ; le monde des vivants, bien qu'il se révèle bien plus dépressif, triste et gris dans Les Noces Funèbres, l'est aussi dans Mr. Jack.

L'histoire est plutôt simple. Victor (Johnny Depp), fils de nouveaux riches poissoniers, doit se marier avec une fille de nobles ruinés : Victoria (Émily Watson). Après plusieurs péripéties, Victor se retrouvera - contre son gré - marié à un cadavre : la fameuse Corpse Bride Émily (Helena Bonham-Carter).
L'intrigue qui s'en suit se résume à comment Victor préférera le premier coup de foudre avec la vivante Victoria dans un monde triste plutôt que l'amour d'une morte (Émily) dans le monde coloré des décédés.

Beaucoup ont dit que Burton avait changé. Ce changement se situerait dans le temps au moment de la dernière commande de Burton : La Planète des Singes, échec dont on ne reparlera pas.

Depuis, il y a une sévère cassure dans le message des films burtoniens. Big Fish, puis Charlie et la Chocolaterie montrent un Burton plus "adulte" pour certains, plus "réac'" pour d'autres. Quand l'ancien Burton choisit de célébrer la différence, le politiquement incorrect et les freaks en tout genre (comme dans Beetlejuice ou Edward aux mains d'argent par exemple), le nouveau Burton préfère se prélasser dans des choix plus consensuels, usant de son univers au compte-gouttes pour rameuter ses fans tout en dictant un message bien plus discutable. Il faut se rappeler par exemple que l'idole Willy Wonka n'est finalement qu'un patron d'entreprise aux méthodes plus que douteuses, ayant viré du jour au lendemain tous les employés de son usine, mais que l'on continue à admirer et à sculpter avec des bouchons de dentrifrice. Il faut également noter que le seul personnage à mettre en doute la magie du monde burtonien (le gamin américain fan de jeux vidéos, dans la séquence ridicule parodiant 2001), se retrouve téléporté en compagnie des singes et de la plaquette de chocolat/monolithe, tandis que les Oompas Loompas chantent le mal que peut faire la télévision, en interdisant la possibilté de rêver et en ne créant que des enfants blasés.

Dans un film de l'ancien Burton, le héros choisirait-il le monde triste des vivants ?

Sans doute que non. Il préférerait jouer et s'amuser dans le jazz-club d'en dessous, rigoler et danser avec les morts, se moquer des vivants et de leur incapacité à s'amuser. Plus même, dans un film de l'ancien Burton, la question n'aurait même pas été posée, tant sa réponse aurait été évidente.
Mais voilà, Burton a grandi, s'est assagi (ou est devenu un vieux con) : il a maintenant une femme, des enfants. Il a compris que l'amusement ne dure qu'un temps, mais qu'il faut savoir faire des choix difficiles dans le monde réel, le monde adulte, terrible, gris et dépressif.
C'est donc un Burton fataliste qui nous parle dans Les Noces Funèbres, où il nous affirme que la vie des vivants est loin d'être toujours rose, qu'il est dur de s'y amuser et même d'y trouver son compte. Mais il nous explique aussi que le jeu et le rêve ne durent qu'un temps, et qu'il faut accepter de voir le monde tel qu'il est, de ne pas se voiler la face. Burton nous montre explicitement ses peurs de grand enfant, qui voit le monde extérieur comme quelque chose d'effrayant, car terriblement triste et morne ; qui préférerait son monde imaginaire (celui des morts) même s'il ne peut désormais plus le choisir car enfermé dans ses obligations (et ses devoirs) d'adulte, de mari et de père. Victoria, amoureuse vivant dans un monde triste, choisie par Johnny Depp/Tim Burton, n'est même pas incarnée par Bonham-Carter (la femme de Tim au quotidien). C'est dire la tristesse de ce monde réel.

Dans Charlie et la chocolaterie, Tim Burton disait en substance : "Les enfants sont de plus en plus immoraux. Ils ne respectent plus rien, ni la bonne nourriture, ni l'autorité, ni la famille, ni le travail bien fait, et n'ont même pas de savoir-vivre. Heureusement qu'il y a encore de ces enfants soudés avec leur famille, respectueux de toutes ces bonnes choses, à qui léguer l'amour du travail bien fait".
Dans Les Noces Funèbres, Burton nous affirme : "Le monde est triste, morne et rempli de gens immoraux. D'ailleurs, mon imaginaire est bien mieux, bien plus joyeux. Mais maintenant, je suis un grand. Donc me voilà contraint à choisir un monde affreux et triste, alors que même ma femme préfère le monde imaginaire."

Affirmation que l'on pourrait traduire par : "la vie me fait peur", dont on pourrait penser au premier abord qu'elle est touchante venant d'un cinéaste qui ose ouvrir à son public ses peurs les plus intimes. Mais il faut se rendre à l'évidence : cette attitude ne peut qu'être condamnée. La fuite ne sera jamais qu'une attitude immature et défaitiste. Alors que d'autres (Fincher dans Fight Club, Mann dans Miami Vice) nous affirment que l'amour peut nous permettre de continuer à vivre, certains affirment que le rêve et l'imaginaire restent une solution (Gondry notamment). Burton lui ne croit plus ni à l'un ni à l'autre, il file tout droit vers un sombre nihilisme.

En fin de compte, le titre français complet : les Noces Funèbres de Tim Burton, avait tout compris.

mardi, avril 01, 2008

Bienvenue dans le Jardin

Sous des arbres, je méditai : je l'imaginai infini, non plus composé de kiosques octogonaux et de sentiers qui reviennent, mais de fleuves, de provinces et de royaumes... Je pensai à un labyrinthe de labyrinthes, à un sinueux labyrinthe croissant qui embrasserait le passé et l'avenir et qui impliquerait les astres en quelque sorte.

Time past and time future
Are both perhaps present in time future
And time future contained in time past.

Celui qui se lance dans une entreprise atroce doit s'imaginer qu'il l'a déjà réalisée, il doit s'imposer un avenir irrévocable comme le passé.