lundi, décembre 29, 2014

You can't say no in Acapulco

L'Idole d'Acapulco (Fun in Acapulco) - Richard Thorpe, 1963



Au début des années 1960, Elvis n’est pas mort. Il joue même dans des films pour promouvoir ses albums. Tel est le cas ici pour Fun in Acapulco, comédie musicale réalisée par Richard Thorpe.

Au Mexique, un jeune homme assez charmant est viré de son job sur un bateau après avoir refusé les avances d’une jeune fille certes accorte mais bien trop jeune. Il aura profité de ces quelques minutes pour pousser la chansonnette tant et si bien qu’un jeune garçon d’une dizaine d’années (orphelin, évidemment) va s’emparer de lui pour en faire sa nouvelle poule aux œufs d’or : aidé par ses multiples cousins (eh, il est mexicain, quoi de plus logique ?), il va l’aider à se reconvertir dans le spectacle musical hôtelier : une chanson par soir, une fois de temps en temps, rien de bien difficile ni contraignant. Le jeune homme accepte, mais appose une condition mystérieuse : il souhaite également être embauché comme maître-nageur à mi-temps.

On entre là dans la partie la moins réussie du film, qui est celle du trauma mystérieux du jeune américain, et de son passé trouble. Passé trouble finalement révélé dix minutes plus tard lors d’un flash-back plus que dispensable et puis complètement inutilisé durant le reste du film, jusqu’à la fin où cela reviendra comme un cheveu sur la soupe. Le scénario préfère s’intéresser le reste du temps à l’hésitation amoureuse du héros entre une torrero et la copine du maître-nageur. Elvis tente de jouer le beau-gosse ténébreux mais n’y arrive pas une seconde, la faute à un jeu d’acteur inexistant, laissant la vedette à Ursula Andress (Margarita dans le film), pourtant restée célèbre pour ses maillots de bain plus que pour ses qualités d’actrice.

Il s’agit donc ici surtout de belles chansons entonnées par la magnifique voix d’Elvis, sur des thèmes puissants et parfois épiques (lors des chansons de corrida en l’honneur de Dolores) ou sur des thèmes plus triviaux et amoureux (lors de la chanson en voiture par exemple, avec Margarita), avec un semblant de scénario autour, pour expliquer que telle chanson puisse venir à cet endroit là alors que, cinq minutes auparavant, on n’aurait jamais pu y penser. D’ailleurs, il n’est pas rare de voir des séquences se terminer alors que rien ne s’y est passé juste parce qu’Elvis a pu placer sa chanson : c’est même souvent le cas lors des sorties en couple avec l’une des deux femmes. A la fin se rajoute en plus une histoire d’immigration sortie du chapeau. Mais tout est bien qui finit bien : Elvis repart aux États-Unis (ses parents lui ont envoyé une lettre lui expliquant qu’il pouvait rentrer, mais rien n’avait été dit sur une supposée interdiction précédente) avec son amigo et sa señorita. Allez, hasta luego !

Comment j’ai coulé (ma vie sociale)

Le Plongeon (The Swimmer) - Franck Perry & Sydney Pollack, 1968



Un homme, la cinquantaine bien tassée, mais qui en paraît pourtant trente, traverse un bois et arrive devant une piscine : il plonge, nage quelques brassées et en ressort de l’autre côté. On lui tend un verre. C’est qu’il ne s’agit pas de n’importe qui et de n’importe quelle piscine. Elle appartient à des amis de longue date de cet homme, Neddy Merrill (Burt Lancaster, plutôt beau-gosse) qui semble n’avoir pas fait acte de présence depuis bien longtemps. Des retrouvailles très chaleureuses mais très vite interrompues. En effet, ces gens doivent rejoindre d’autres amis. Lui préfère sa géniale trouvaille : traverser le comté à la nage, à travers les piscines de chacun des voisins, jusqu’à chez lui. Le plan semble idéal dans un cadre si idyllique : lui si beau et populaire, apprécié de ses voisins, et cette banlieue boisée, uniquement remplie de maisons individuelles avec piscines dont les propriétaires sont tous amis et ont tous réussi avec panache.

Le film, « swimming pool movie » comme on parle d’un « road movie », semble construit comme un conte à étapes, où chaque étape rapproche un peu plus son (anti-)héros de la réalité telle qu’elle existe (et du présent – en effet, si on lui dit au début que cela fait deux ans qu’on ne l’a pas vu, les rencontres suivantes semblent avoir un souvenir de plus en plus récent de lui). Le film débute avec un personnage qui arrive au monde tel qu’il imagine celui-ci, semblant n’avoir aucun souvenir de sa vie avant le premier plongeon, éludant chaque fois la question de son absence prolongée, ne semblant pas comprendre quand on lui demande un remboursement. Et le film décrit la progressive victoire de la réalité telle qu’elle est sur la réalité telle qu’elle est fantasmée par ce personnage. On a vu ce schéma repris dans de grands films récents : nous pensons ici surtout au Labyrinthe de Pan (dont notre critique se fait attendre mais qui adviendra un jour, nous en faisons ici la promesse). Est exemplaire de ceci l’épisode avec le jeune enfant au soda, deuxième accroc au plan idyllique. D’abord, magnifique rencontre avec un gamin esseulé, mais la piscine est vide. Qu’à cela ne tienne, Neddy se décide à inventer sa nage à travers la piscine vide, dans une séquence jumelle de la séquence finale de tennis dans Blow-up (film absolument contemporain, tourné pratiquement en même temps) : « If you believe in something hard enough, it’s true for you » dit-il à l’enfant.

Le film ne fera, cela dit, que contredire autant que faire se peut cette maxime. Il ira même plus loin : chaque fois que le pire semblera atteint, une nouvelle écharde s’agrippera aux pieds du personnage. D’abord le rejet de l’ex baby-sitter devenue superbe jeune fille (Janet Landgard), puis le rejet dans une fête autour de la piscine, puis le rejet de la femme aimée (ces épisodes de plus en plus désabusés auprès d’anciennes amours nous renvoient à Broken Flowers, critiqué ici : http://ukhbar.blogspot.fr/2009/04/broken-flowers-jim-jarmusch-2005.html). L’épisode de la piscine municipale mériterait presque un paragraphe à elle toute seule : à ce moment du film, on commence à se poser des questions sur la survie du personnage, qui frissonne à chacun de ses arrêts, qui semble de plus en plus perdu et abandonné. Évidemment, la situation idyllique n’est plus, il n’y a plus là qu’un enfer s’acharnant sur Neddy, lui interdisant d’abord l’entrée pure et simple dans la piscine, le voyant obligé de quémander 50 cents aux personnes se présentant à l’entrée. La traversée de la piscine s’avère la pire épreuve possible pour Neddy : enfer rempli à ras-bord de nageurs et d’enfants qui crient, devenu absolument intraversable, le laissant muet et luttant réellement pour sa survie. Inutile d’en rajouter sur la séquence suivante où, enfin réchappé de l’horreur aquatique, il se retrouve insulté publiquement par deux couples d’anciens amis qu’il se verra obligé de fuir par une escalade aussi chaotique que pathétique. Son périple se termine en forme de plainte agonisante sous une pluie diluvienne impressionnante, devant la maison familiale abandonnée et lui restant interdite.

samedi, octobre 08, 2011

Ass Burgers

South Park 15x08 - Matt Stone & Trey Parker, 2011




Presque pile quatre mois après la violente déflagration que fut You're getting old, voici South Park qui revient d'entre les morts, de là où on ne l'attendait plus. Après un tel épisode, on en était à se dire qu'au fond ce n'était plus la peine de l'attendre, qu'elle en avait terminé avec juste sept épisodes d'avance. On s'était trompés.

L'erreur a été de prendre You're getting old pour une parabole. Cet épisode devait signifier le ras-le-bol déprimant que Stone & Parker éprouvait pour leur bébé et la fin programmée de celle-ci. On la pensait en train de chanter "This is the end, my friend", comme les Doors. Mais nous avions tort. Stone & Parker sont en effet bien plus intelligents que nous, plus malins et surtout, contrairement à ce que la série laisse penser depuis toujours au premier abord, immensément plus fins. Alors quoi ? Si l'épisode sept n'était pas le fair-part de la série, qu'était-ce ? Ass Burgers est là pour nous répondre : une inquiétude sur le temps qui passe. Parce que, eh oui, ça fait quinze ans que la série existe et que le temps passe et ne s'arrête jamais. Jusqu'à présent, les auteurs voyaient ce temps passer mais la série persistait dans sa temporalité, comme coupée de l'univers dans lequel elle existait malgré les aventures, les personnages, les morts, les arrivées, les départs. Au fond, la saison quinze de South Park pourrait très bien ne se passer que quelques mois (certes chargés) après la première saison.

You're getting old, en fait, était la première incursion de South Park dans la temporalité, ce qui expliquait évidemment sa réflexivité. Stan prenait donc un an et voyait le monde autour de lui s'effondrer. Le voilà qui souffrait de "cynisme", n'arrivant plus à jouir du monde qu'il connaissait. Une simple bousculade qui s'avérait être un éboulement dans un univers aussi cloisonné que celui de South Park. Et, alors que Cartman et Kyle s'éloignaient de Stan en se rapprochant l'un de l'autre, la famille de Stan s'effondrait aussi. Stan se retrouvait littéralement seul au monde, dans l'univers de South Park mais sans plus y croire.

C'est d'ailleurs ce que montre admirablement les premières minutes de l'épisode. Stan se réveille, l'espoir que tout cela ne soit qu'un mauvais rêve violemment coupé sans la moindre seconde par les agissements d'une affreuse émission de radio libre. Tout est toujours là, mais on n'y croit plus. Au fond, plus qu'Asperger's, c'est la dépression qui guette Stan. Le voilà qui marche seul, coupé de tous, arrivant à l'arrêt de bus où ses amis se lancent avec décontraction dans une nouvelle aventure à cause d'un jeu sur les mots. Lui n'y croit même plus, et l'impossible arrive : le groupe s'éloigne, Stan prend son bus, on reste avec Stan. Cut dans la classe, où la routine infernale est toujours en place.

Au fond, cet épisode est plus brillant encore que You're getting old. Là où ce dernier ne faisait que diagnostiquer la maladie, Ass Burgers cherche le remède et n'a pas peur de se heurter frontalement à la maladie. Car on a beau s'agiter autour de Stan, créer cette parodie de parodie de machination, y ajouter l'absurde trash southparkien (les pets de Cartman comme saveur spéciale de ses burgers), rien n'y fait. Tout n'est plus qu'à propos de Stan tentant ou pas de recoller les morceaux avec son lui d'avant. L'alcool pansera quelques blessures, oh pas longtemps, juste celui de sa première vraie discussion avec Kyle de l'épisode (il aura fallu qu'il soit saoul pour qu'ils parlent ensemble ! on se rend compte ici du chemin parcouru par South Park en seulement un épisode et demi), qui ratera inévitablement. Quelques insultes, quelques mots d'amour. Scène merveilleuse de justesse, incroyablement mise en scène à cheval entre tragique et comique.

Enfin, le happy end tant attendu peut arriver, les parents peuvent se remettre ensemble, tout est prêt à reprendre forme comme si tout ça n'était qu'un vaste artifice, qu'un simple happening. Mais non, South Park a désormais grandi et s'élève bien haut au-dessus de ces blagues là, qui appartiennent comme à un autre âge. Les choses changent pour mieux rester les mêmes, comme le dit l'immémorial Snake Plissken. Le mal est dorénavant fait. Stan a beau reprendre sa vie quotidienne, entendre à nouveau les mots qui semblent quasiment magiques, tels "Adam Sandler" ou "Two and a Half Men", il peut même picniquer avec Wendy ou aller au cinéma voir une mauvaise comédie avec ses amis retrouvés. Mais la bouteille est là, présente, telle l'indice qui rappelle à tous que l'autre côté du miroir existe. Stan n'est désormais plus dans la matrice, mais il en est conscient. Bienvenue dans le désert du réel.

dimanche, octobre 02, 2011

Faux frère

Le Combat fractricide - Daisuke Nishio, 1990


On enchaîne cette fois-ci avec le mal-nommé Le Combat fractricide. On va d'ailleurs en profiter pour discuter directement de ce problème : Thalès, le méchant Sayajin de cet OAV, n'est en aucun cas le frère de Goku. Rien n'est jamais dit en faveur de cette hypothèse dans la VO : il ne s'agit ici que d'une misérable tentative de promotion facile de la part d'AB productions. En effet, le seul moment qui, en VF, indique que cela n'est en réalité qu'un discours sur la race (problématique importante pour Thalès). Aucune possibilité de placer cet épisode dans la chronologie de la série : il semble se passer entre la partie de Vegeta et le départ vers la planète Namek (mais Vegeta n'est jamais mentionné, ce qui est une aberration alors qu'on se retrouve avec un nouveau Sayajin).

Cet épisode est en fait un plaidoyer écologiste. Dès le premier plan, le ton est donné : des poissons dans une rivière au moment où Gohan rejoint Krilin, Bulma et Oolong dans une sortie camping en pleine nature. Très vite, ce camping tourne au sauvetage d'une forêt en feu, puis à l'amitié sans bornes entre Gohan et un mignon petit dragon bleu (habitant cette forêt, et qui reviendra régulièrement dans les OAVs). On trouvera ici la troisième invocation de Shenron en autant d'OAVs, cette fois-ci par le camp des gentils pour, épisode écolo oblige, rendre à la forêt brûlée son état originel. Il n'y a pas à dire : placé sous le signe de la nature.

L'histoire principale nous parle donc d'un groupe de mercenaires Sayajins mené par Thalès arrivant sur Terre pour y planter l'Arbre de Puissance (en VF, Arbre sacré), qui pompe via ses racines l'énergie de toute la planète, pour grandir et faire pousser des fruits qui rendent plus puissants. Évidemment, Goku et ses amis vont tout tenter pour les stopper et détruire l'Arbre (mais personne ne pensera à aller cueillir un de ces fruits au lieu de se faire rétamer par les Sayajins). Il est à noter quelques superbes plans dans ce film : notamment, un enfant avec un ballon devant une ville détruite par des racines géantes (pour la première apparition des humains dans un OAV), un petit dragon bleu volant avec un arbre immense s'étendant en fond.

Encore plus que les deux premiers OAVs, cet épisode est Goku-centré : il est quasiment le seul sujet de discussion pour Thalès (qui n'arrive pas à se décider entre le détester pour sa faiblesse, le remercier pour avoir laissé la Terre en bon état permettant l'implantation de l'Arbre et lui proposer de s'enrôler dans son groupe de mercenaires pour aller joyeusement piller l'univers entre gens de même race - c'est une proposition qu'il fait aussi plusieurs fois à Gohan) et est le seul à tenir le coup face aux ennemis. Le problème qui en découle, c'est que les autres personnages en sont rendus au rôle de faire-valoir (Piccolo [qui joue au sage tibétain en lévitation à côté d'une belle cascade, pour sa première et pour sa dernière apparition de l'épisode], Yamcha, Krilin, Ten-shin-han, Chaozu et même jusqu'à Gohan qui se transforme quand même en singe géant). On en finira pour la deuxième fois d'affilé par un Genkidama (cette fois-ci, ce n'est plus la Terre qui donnera ses ressources, elle qui est asséchée par l'Arbre, mais les fruits de l'Arbre lui-même) : quoi de mieux finalement pour un film écolo ?

samedi, octobre 01, 2011

L'homme le plus fort du monde

Le Robot des glaces - Daisuke Nishio, 1990


Deuxième étape dans le visionnage des OAV Dragon Ball Z, j'abordais Le Robot des Glaces avec bien peu d'enthousiasme.

Pourtant, il s'agit ici d'un deuxième OAV de bien meilleure qualité que son aîné avec Garlic. Comme dans celui-ci pourtant, cela débute par un entraînement de Piccolo et par l'invocation de Shenron. Tout aussi facile recherche des boules de cristal mais, cette fois-ci, Oolong et Gohan l'ont bien remarqué et arrivent à temps pour voir un vieillard demander au dragon la libération du Dr. Willow, un savant fou à la recherche d'un corps pour loger son cerveau de génie.

Ce vieillard va commencer par sommer Tortue Géniale (Muten Roshi) de le suivre (il emmènera Bulma avec lui, elle ne servira qu'à nous donner l'utile et agréable contexte historique de cette histoire, point fort de cet épisode qui n'aura de cesse de nous faire penser à Bioshock), lui censé être l'homme le plus fort du monde. Délicieux anachronisme que nous permet l'enfermement durant 50 ans du docteur et de son assistant. Tortue Géniale sera d'ailleurs loin de démériter contre les trois monstres robotiques, même si le combat reste déséquilibré.

Pendant ce temps, Chichi commence son délire d'inquiétude envers Gohan et ne manque pas une seconde pour lui rappeler de faire ses devoirs, de travailler pour pouvoir rentrer dans une grande école, etc. Cela nous vaudra par ailleurs le deuxième intermède musical en deux épisodes (ce sera d'ailleurs le dernier), où Gohan dansera cette fois-ci entouré de gommes, d'équerres et de Piccolo. La qualité globale de cette musique frôle le massacre et il semble parfaitement logique de voir cette tentative échouer.

Malgré tout, Gohan partira ensuite rejoindre son père (avec Krilin, toujours aussi utile et tourné en ridicule - quelque chose qui restera constant dans les OAVs) à la rescousse de Tortue Géniale et Bulma. Il n'y a pas grand chose d'autre à dire sur cet épisode, outre son petit lot de nouveautés qui vont devenir ensuite des habitudes : première utilisation par Goku du Kaioken et du Genkidama (on les retrouvera trèèès régulièrement) et première fois où Piccolo se retrouve sous l'influence d'un méchant (ce sera également le cas dans... les épisodes hors-série de l'animée consacrant le retour de Garlic Jr.). Enfin, dernière remarque sur le placement dans l'ordre chronologique de la série, il est ici impossible vu que tout semble être en place comme si l'arrivée de Vegeta et des siens était imminente, sauf que Goku est présents alors qu'il est chez Kaioh à ce moment-là et que personne ne fait jamais mention des Sayiajins. Il n'y aurait de toute manière certainement pas le temps de s'occuper de ce savant fou alors que Vegeta est à deux doigts d'arriver.