samedi, octobre 01, 2011

Un oignon comme radis

À la poursuite de Garlic - Daisuke Nishio - 1988


Première étape dans le nouveau visionnage des OAV Dragon Ball que nous nous sommes imposés, comme par nostalgie, À la poursuite de Garlic est sans doute aussi l'un des moins bons.

Garlic, extraterrestre de la taille de Krilin, est le grand méchant de cet OAV, lui qui aura aussi droit à des épisodes hors-série dans la série animée. Il est ici pour accomplir la vengeance de son père, concurrent recalé au poste de Très-haut (à l'époque où le vieux Namek l'est devenu, à sa place) et pour, ô surprise, devenir maître du monde et faire souffrir l'ensemble de la population terrienne. Il récupère sans trop de mal les sept boules de cristal, kidnappe Gohan tandis que Goku est tranquillement à la pêche, et devient dans la foulée immortel (c'est Pilaf qui doit être dégoûté, lui qui avait toujours un Oolong pour demander une petite culotte).

Ces moments de flottement entre sa demande d'immortalité et l'arrivée de Goku dans le château donnent lieu à une séquence très amusante où Gohan, encore le gamin pleureur insupportable qu'il est au début de DBZ jusqu'à son entraînement par Piccolo, se retrouve ivre et mène en bateau l'un des sbires de Garlic, tout en hallucinant une ballade sur la tête d'un dinosaure bleu à l'air très sympathique.

Peu après donc, le Très-haut, Goku, Krilin et Piccolo se succèdent à la rescousse dans le château. Tandis que le Très-haut discute retrouvailles avec Garlic (et ne fait évidemment pas le poids), Goku et Piccolo expédient en deux-temps-trois-mouvements les sbires en fait nullissimes en un contre un, quand ils faisaient illusion à trois. Krilin ne sert ici qu'à trimbaler pendant les combats un Gohan endormi (et, occasionnellement, à se faire pisser dessus par le même Gohan).

Plus tard, Goku et Piccolo s'unissent pour combattre Garlic Jr. (alors qu'ils sont encore, à ce moment-là, ennemis), mais n'arrivent à rien. C'est finalement Gohan qui s'énervera et enverra Garlic croupir pour les siècles et des siècles dans une autre dimension. Amen.

Il y a dans cet OAV une part non-négligeable de remake (ce sera souvent le cas) de la série animée, puisqu'il s'agit tout bêtement de la même trame que la séquence Raditz (enlèvement de Gohan par un extraterrestre, Piccolo et Goku ennemis mais qui s'allient et Gohan qui termine le boulôt). Il n'y aura évidemment pas ici de sacrifice pour Goku. Nous pouvons voir un certain intérêt dans cet épisode en ce qu'il nous apporte quelques détails biographiques sur le passé du Très-haut. Dans l'ordre chronologique global de la série, il se situerait quelque part entre la fin de Dragon Ball et le début de Dragon Ball Z (après la naissance de Gohan mais avant la mort de Goku, sans doute dans les semaines qui précèdent l'arrivée de Raditz).

dimanche, juin 12, 2011

You're getting old

South Park 15x07 - Matt Stone & Trey Parker, 2011





Le premier mot qui nous vient après You're getting old ne peut être que grandiose. Pour la première fois de son histoire, South Park ose se mettre à plat, s'exposer et affirmer sa fin ! Évidemment, quand il s'agit d'une série que l'on connaît depuis tout ce temps, avec laquelle on vit, dont on connaît les habitudes, dont on vante les qualités et dont on critique les défauts tout en sachant pertinemment qu'on l'aime aussi pour ça, cela touche profondément.

Mais les auteurs sentent la fin arriver, Stone & Parker semblent ne plus supporter la série telle qu'elle existe, et décident de bouleverser l'univers southparkien. Déjà, avec l'épisode dernier, on aurait dû s'en douter, Kyle et Cartman qui se liaient d'amitié, c'était bizarre. On les voyait s'associer facilement, mais allez ! quelques indices ici et là indiquaient que Kyle n'était pas complètement devenu fou (il critiquait toujours Cartman, même s'il lui trouvait des circonstances). Mais là, nous allons mille fois plus loin.

On débute ici par l'anniversaire d'un personnage, dans une série qui a toujours placé ses protagonistes dans un univers sans aucune prise temporelle. Stan qui prend un an, c'est la série qui en prend dix d'un coup, par le simple fait de sa subite prise en compte d'une temporalité jusqu'alors inexistante. Ce serait déjà beaucoup, mais les créateurs en profitent pour faire une sorte de résumé, de compte-rendu de fin de course, et se rendent compte qu'ils n'y arrivent plus. Stan est atteint de "cynisme", tout ce qu'il aimait auparavant est devenu (littéralement ici) de la merde. Jamais l'humour trash de South Park n'aura été utilisé avec tant de justesse.

Nous savions pertinemment que la série allait mal : les deux dernières saisons en sont la preuve, le niveau y est tout ce qu'il y a de plus médiocre (voire carrément horrible pour certains des épisodes de cette première partie de saison quinze), mais la voir s'afficher ainsi comme en phase terminale d'une longue maladie nous rend quand même extrêmement triste. Cet épisode est comme le début d'un processus funéraire : la série a l'air d'avoir enfin compris qu'elle allait mourir et qui semble avoir (ce qui est une phase plus compliquée à atteindre et donc d'autant plus touchante) accepté de mourir. Mais, semble-t-elle dire, interdiction de mourir comme ça, dans un coin de rue, en continuant à se mentir. South Park va donc en terminer en chassant ses démons, en bouleversant son univers, et tout ça d'une manière complètement inattendue et que j'espère d'une grande classe. Pour pouvoir enfin dire : South Park you're going out with a bang...

mercredi, avril 06, 2011

Fuck you Chellios !

Hyper Tension 2 (Crank 2) - Mark Neveldine & Brian Taylor, 2009




Le pitch du film est simple : Chev Chellios, héros du précédent volet, finit raide-mort après une chute d'hélicoptère. Sauf qu'un groupe de Chinois passait par là, lui implante un nouveau coeur fonctionnant sur batterie à la place du sien. Passablement énervé, il va partir à la recherche du son ancien palpitant, avec la nécessité de se prendre quelques décharges d'électricité pour continuer. Le premier volet était déjà passionnant dans sa manière d'aborder le film d'action dans son scénario même (Chellios devait sans cesse rechercher de l'adrénaline, c'est-à-dire faire advenir du matériau de film d'action, pour survivre), le second persiste et signe, continuant son exploration aux abords du méta-film d'action.

C'est donc reparti pour une heure et demi de courses infinies dans Los Angeles, influencée par tout ce que la sous-culture des années 1990-2000 a enfanté de pire : les clips MTV, "Pimp my Ride", le porno gonzo, les jeux vidéo, Google Earth, les émissions à la Jerry Springer et le pire des teen-movies à la American Pie (noter le nombre de blagues sur l'enfonçage dans le cul de tout ce qui peut passer par là, noter également le nombre de seins à l'air).

Crank 2 est au fond tellement mauvais (par excès de mauvais goût) qu'il en devient superbe, en ce qu'il incarne volontairement ce mauvais goût. Dans cette incarnation, Crank 2 va encore plus loin que le superbe et malade Domino de Tony Scott (avec Richard Kelly au scénario, excusez du peu). Là où ce dernier cherchait ce qui restait au cinéma dans sa confrontation avec la sous-culture télévisuelle des vingt dernières années, Crank 2 ne cherche plus à trouver les forces du cinéma cachées sous les débris, il utilise ces débris pour se fonder en tant qu'étendard culturel de notre génération.

Le diptyque Crank n'est en définitive rien d'autre que le manifeste d'un cinéma mutant et crade, embrassant la sous-culture et refusant l'héritage d'un cinéma engoncé dans son bon goût académique : "Vous trouvez cette sous-culture de mauvais goût ? Moi je l'aime (parce que j'ai vécu et grandi avec elle) et je vous emmerde !" Symbolique de cela, le doigt d'honneur d'un Chellios enflammé à la fin du second épisode vaut pour note d'intention.

mercredi, février 23, 2011

Mièvre Plastique

Air Doll (Kûki Ningyo) - Hirokazu Kore-Eda, 2010



Le nouveau film de Kore-Eda, dont nous avions beaucoup apprécié le précédent, s'éloigne des thèmes de prédilection de ce dernier : le deuil particulièrement. À Tokyo, un homme vit avec une poupée gonflable. Il couche avec (naturellement) mais prend également son bain avec, la mène se promener dans des parcs ou mange avec elle le soir. En clair, il vit avec elle comme si elle était une vraie femme. De la vie quotidienne d'un homme et de sa poupée gonflable, dont l'exposition ne prend que quelques minutes (magnifiques), Kore-Eda, malheureusement, ne parlera pas. Non, car très vite, il arrivera un événement extraordinaire à cette poupée gonflable : elle prendra vie. Et de cette prise de vie, dont elle cachera au début l'existence à son propriétaire, découlera une envie de découverte, base de tout conte initiatique.

Elle profitera donc de ses journées, quand son maître est au travail, pour se balader à son aise dans la grande métropole. Ses sorties la mèneront même à trouver un travail dans un vidéoclub et à rencontrer plusieurs personnages originaux et cocasses (une petite fille, dans un restaurant ; une vieille dame remerciant chaque personne rencontrée ; un vieux SDF poète ; son créateur ; et, évidemment, les employés du vidéoclub). Sa conscience et son coeur, avec lequel elle aimera - un jeune homme travaillant dans son vidéoclub - et souffrira, se développeront au fur et à mesure de ses rencontres, et une morale du monde qui l'entoure va finir par poindre dans ce corps de plastique. Durant tout ce temps, elle continuera, le soir, de repartir chez elle accomplir son devoir (sexuel) de poupée gonflable avec son propriétaire (qui ne sera jamais traité que comme un raté fini dans le film, au mieux comme un pauvre gars). Elle finira cependant par le quitter car elle ne ressent pour lui aucun amour. Rappelant à chaque instant : "Je suis une poupée gonflable, un substitut pour supporter le désir sexuel".

Le problème du film, c'est qu'il ne s'élèvera jamais au-delà de ce que le synopsis peut fournir : tristesse et solitude en milieu urbain. On espère longtemps (car le film s'étire, multiplie comme on l'a dit les rencontres, les moments en apesanteur rappelant parfois Michel Gondry, les ballades mi-naïves mi-mélancoliques, le tout alangui par la jolie musique de World's End Girlfriend) que le film prenne son envol et s'éloigne de son refrain sempiternel sur l'ultra-moderne solitude. Mais las ! La mièvrerie, gonflée de sérieux, restera à l'ordre du jour. Exemple typique : une femme passe en marchant à côté du vidéoclub où notre poupée gonflable travaille, ses bas forment des lignes sur ses jambes. La poupée gonflable, les confondant avec les siennes (en plastique), se précipite sur elle et lui offre en souriant le tube de fond de teint qu'elle a utilisé pour les masquer. Humour Amélie Poulainesque de la situation cocasse, suivi d'une réflexion sur la méchanceté inconsciente que l'on peut faire aux gens. Tristesse et déception de la part de ce réalisateur dont la rigueur et la subtilité habituelles ont laissé ici place à une immonde guimauve ridiculement sérieuse. On espère de tout coeur qu'il ne s'agisse que d'un faux pas.

jeudi, février 10, 2011

Le silence et la misère

Batalla en el cielo - Carlos Reygadas, 2005



Batalla en el cielo plonge ses protagonistes dans le silence par l'effet de leur misère et fait réagir leurs corps là où leur parole ne peut plus les aider.

La misère tout d'abord, de Marcos qui, par cupidité, a commis l'irréparable (le vol) et a connu un drame (la mort). La misère de Marcos, qui ne s'exprime par aucun mot ni même expression ; lui reste cloîtré dans un silence inexpressif mais dont on ressent pourtant le malaise profond et grave.

La misère de Ana, dont Marcos s'occupe depuis sa plus tendre enfance et qui vend son corps, qui ne sait pas comment le réconforter et qui, à défaut de pouvoir parler, de pouvoir réconforter, laisse son corps, objet de fantasme, faire ce qu'elle a désappris à faire autrement : apporter un peu de sérénité à un vieil ami, sorte de chant du cygne dont on devine dès la première seconde qu'il va mal se terminer.

Marcos, encore, enfermé dans une spirale infernale et totalement incapable de s'extraire de son mal-être, au destin funeste et aux fantasmes éveillés par la douceur de l'adieu d'une vieille amie, qui tâchant de garder ce qu'il aime, détruit ce qu'il veut, qui par amour, tue pour ne pas avoir à perdre ; paradoxe vivant, Marcos illustre la douleur de passions trop fortes, la douleur d'un malaise trop grand qu'il ne sait ni comprendre, ni assumer, ni appréhender, une douleur qui le traverse de part en part et qui le dévaste en silence, car il ne sait pas et n'a jamais su s'exprimer, car là où l'intelligence devrait prendre le relais, pour lui seul le corps subsiste, et c'est son corps qu'il finira par torturer au cours d'une tentative de rédemption vaine et ne pouvant s'achever que dans la mort.

Batalla en el cielo, c'est l'image triste de la misère portée à l'écran, une misère dont Reygadas montre bien l'origine sociale, car ici tous sont logés à la même enseigne (aspect auquel il admet s'intéresser dans le commentaire audio), même si pas forcément affectés de la même manière, mais qu'il dévoile sous son jour banal. L'image est aride, sèche, le rythme est lent, l'ensemble est décalé, oscillant entre crudité et vulgarité sans jamais commettre, en dépit de scènes pouvant clairement choquer, de réelle faute de goût : je n'ai pas été transporté, retourné, mais je comprendrais que l'on puisse l'être et j'attends la suite avec intérêt.